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La crise : porteuse d’espoir

05/20/2015

 

Il y a une trentaine d’années, j’ai commencé à vivre mes périodes de crise dans le milieu psychiatrique traditionnel. À cette époque, j’entrais à l’hôpital quand je ne mangeais plus et je ne dormais plus. Immédiatement, un protocole était mis en place. Le psychiatre me prescrivait un somnifère et d’autres psychotropes selon les « symptômes » identifiés. Mes rencontres avec le personnel infirmier se limitaient à deux périodes d’une quinzaine de minutes par jour. Après quelques semaines, je retournais chez moi tout en ayant peu d’éclairage sur ce qui s’était réellement passé. Je me sentais diminuée, piteuse, coupable et surtout incapable.

 

Au fil de thérapies et de relations d’aide, j’ai commencé tranquillement à mieux me connaître, à identifier ce que je vivais plus clairement et plus rapidement et à développer des moyens qui m’aident encore dans mon quotidien. Ainsi, j’ai connu de moins en moins d’hospitalisations. À une époque, je fréquentais surtout l’hôpital de jour. La médication y occupait aussi une grande place. J’avais l’impression de passer le temps en faisant des activités plutôt que d’apprendre de ces expériences pour ne pas les répéter.

 

Puis, j’ai découvert des ressources alternatives. Depuis une dizaine d’années, je vis une relation d’aide dialogique avec une travailleuse d’un suivi communautaire. Je chemine aussi à Prise II depuis 2005. Parallèlement, je choisis d’aller dans un centre de crise quand ça ne va plus du tout... Là, j’y trouve des personnes accueillantes qui m’accompagnent et me respectent. Nous partons de la compréhension et de l’interprétation que j’ai de ce qui survient à ce moment-là. Ensemble, nous cherchons des pistes de solutions. Des outils me sont proposés autant pour traverser ce que je vis dans le moment qu’à utiliser par la suite. Ce sont aussi des lieux où je peux me déposer, me reposer et considérer tranquillement et sans pression ce qui m’arrive. À chaque fois, j’en sors grandie, plus assurée de mon potentiel et de mon pouvoir de retrouver un certain équilibre.

 

Par exemple, quotidiennement, je regarde comment je peux aménager mon horaire pour tenir compte, premièrement de comment je vais, puis de ce que j’ai à faire. Je me donne du temps de qualité pour prendre soin de moi. J’aime beaucoup aller marcher, lire, caresser et jouer avec ma chatte, prendre des pauses où je ne fais rien, partager un repas ou un café avec une bonne amie. La méditation pleine conscience m’apprend à vivre davantage dans le présent et à accueillir ce qui est là plutôt que de vouloir toujours être ailleurs, autrement. Je me sens plus en paix. Quelquefois, je sais que je n’ai qu’à porter ce qui se passe. Le temps arrange parfois les choses comme le dit l’expression. Je me retrouve de moins en moins souvent au centre de crise. Cependant, je n’hésiterais pas à y retourner. À cette étape de mon cheminement, cela m’apparaît le meilleur moyen à adopter si j’ai besoin d’être accompagnée dans ce que je perçois comme une impasse, une situation dont je ne vois pas d’issue.

 

Avec ce parcours, ma conception de la crise a beaucoup changé. Dans la vingtaine, je la croyais réservée aux seules personnes diagnostiquées avec des problèmes de santé mentale, À mon avis, le manque de ressources communautaires et alternatives favorisait encore plus l’hégémonie du modèle psychiatrique traditionnel. Avec le recul, je réalise que l’hôpital n’était pas un milieu aidant pour moi. Tout au plus, je m’y sentais à l’abri de la tempête pour un temps. Je croyais sincèrement que le personnel savait mieux que moi ce qui était bon pour moi. J’avais peu d’introspection, de confiance en moi et d’espoir. Je vois maintenant la crise comme une expérience inhérente à la condition humaine, susceptible d’être vécue par tous à un moment ou à un autre de la vie... En effet, qui n’a pas connu une peine d’amour, une perte d’emploi, un deuil ou tout autre événement comportant beaucoup de tension, un état de déséquilibre, une remise en question profonde, une relative désorganisation ou une situation perçue comme insoluble.

 

Aujourd’hui, quand je traverse un épisode de déstabilisation, je trouve cela éprouvant certes mais normal, un événement de la vie. Pour moi, ce sont des passages douloureux mais transitoires. En m’adressant à des ressources alternatives, je ne me sens plus stigmatisée ni victime de maladie mentale quand j’éprouve de la détresse. Surtout, j’en sors toujours plus vivante! 

 

Linda Little 

 

Source: L'autre espace, Vol. 5, No 1, Été 2014, Page 27. 

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